Le talent ne choisit pas son quartier. L’opportunité si, et c’est là que j’agis.
Créer du lien, ce n’est donc pas seulement rapprocher des personnes. C’est rapprocher un habitant d’un réseau, un entrepreneur d’un financeur, une initiative d’un partenaire et un territoire de son écosystème.

Rachid Djebbouri est co-fondateur et délégué général de SOS Jeunes Pousses, association engagée pour l’autonomisation économique et l’insertion des habitants des quartiers prioritaires. Son parcours s’est construit au croisement de l’entrepreneuriat, des startups, de l’innovation et de l’ingénierie territoriale. À travers SOS Jeunes Pousses, il développe des passerelles entre habitants, entrepreneurs, entreprises et institutions, avec une conviction forte : les talents existent partout ; l’enjeu est de les rendre visibles et de leur donner accès aux opportunités.
LE MANIFESTE PAR RACHID DJEBBOURI
Créer du lien, c’est créer des opportunités
Quand on travaille dans les quartiers prioritaires, on entend beaucoup parler de ce qui ne fonctionne pas. Après plusieurs années au contact des habitants, je suis surtout frappé par tout ce qui existe déjà et que nous voyons trop peu. Des personnes qui ont une idée mais ne savent pas par où commencer. Des femmes qui ont développé une activité sans encore se considérer comme entrepreneures. Des jeunes qui ont des compétences mais aucun réseau. C’est là que je situe mon engagement. Avec SOS Jeunes Pousses, nous avons fait le choix d’aller vers ces personnes plutôt que d’attendre qu’elles viennent à nous. Car la première difficulté n’est pas toujours de créer une entreprise. C’est parfois simplement de se dire que l’on en est capable. Nous regardons encore trop souvent les quartiers prioritaires sous l’angle du déficit. Il faut aussi regarder leurs ressources. L’entrepreneuriat en est une. Les données de Bpifrance montrent qu’en 2025, 22 % des habitants des QPV étaient dans une dynamique entrepreneuriale. L’envie d’entreprendre est là. Notre responsabilité est de faire en sorte qu’elle ne reste pas une envie.
Sur le terrain, la confiance précède souvent le projet.
Elle se construit dans la proximité, les rencontres et la connaissance du territoire. Un dispositif peut être national, mais sa réussite dépend de la manière dont il est incarné localement. La stratégie peut être nationale. La confiance, elle, est locale. Les politiques publiques doivent davantage écouter ceux qui les mettent en œuvre. Le terrain montre ce que les tableaux de bord ne montrent pas toujours : pourquoi une personne ne pousse pas une porte, pourquoi un dispositif ne touche pas certains publics, ou pourquoi une initiative fonctionne autrement que prévu. Il faut aussi parler du temps. Nous demandons aux acteurs locaux de construire de la confiance et des trajectoires dans la durée, alors que les politiques publiques sont encore souvent pensées avec des temporalités plus courtes. Le lien territorial est un capital. Il se construit lentement et peut disparaître rapidement. Lorsqu’un acteur démontre sa capacité à produire de l’impact, il faut lui donner les conditions pour consolider son action et changer d’échelle lorsque c’est pertinent. Le changement d’échelle ne consiste pas simplement à faire plus. Il consiste à faire mieux, plus longtemps et avec davantage d’impact. Je préfère parler de « visibilisation ». Les talents sont déjà là. L’enjeu est de les rendre visibles, de les connecter aux bons réseaux et de leur permettre d’accéder aux opportunités. Créer du lien, ce n’est pas seulement rapprocher les personnes. C’est rapprocher un habitant de son réseau, un entrepreneur d’un financeur, une initiative d’un partenaire, un quartier du reste de son territoire. C’est le sens de mon engagement : ne laisser aucun talent à distance des opportunités
